Histoire de l'Ordre

NOTA BENE: Beaucoup de ce qui suit a été emprunté du site web de la Lieutenance de Belgique, que nous remercions et à qui sommes reconnaissants. Le texte a été corrigé par Me Joseph Di Clementi C.S.S., Serge Ménard C.G.C.S.S, et Robert Boily C.S.S., tous de la Lieutenance de Montréal.

Il n'est point aisé de résumer les neuf cents ans d'histoire des Chevaliers du Saint-Sépulcre, et de séparer la légende des faits réels. La tentative entreprise ci-dessous doit être assortie d'une autre réserve. Une Commission chargée d'approfondir les origines de l'Ordre a en effet été constituée et ses conclusions amèneront sans doute à préciser ce qui suit.

L'empire Seldjoukide envahit la Palestine en 1071 et interdit l'accès des Lieux Saints aux pèlerins. En novembre 1095, le Pape Urbain II réagit en appelant la Chrétienté à partir en croisade pour libérer le tombeau du Christ, au cri de "DEUS LO VULT". Cet appel eut un retentissement considérable et Pierre l'Ermite, dont la tombe est conservée à Huy (Belgique), galvanisa les foules qui se lancèrent avec enthousiasme sur la route de Constantinople.

Cette première croisade improvisée se solda par un échec tragique. Une deuxième, dirigée par Godefroy de Bouillon, devait libérer Jérusalem le 15 juillet 1099. Cet événement majeur marque le début de la longue histoire de la présence chrétienne en Palestine, et celle des Chevaliers du Saint-Sépulcre. Cette histoire connaîtra, au cours des siècles, trois régimes successifs:

  1. La première période, celle du Royaume Latin de Jérusalem, cesse avec la perte
        de Saint-Jean-d'Acre en 1291, et le départ définitif des Croisés.
  2. Pendant la seconde, qui s'étend de 1291 à 1847, la présence du Saint-Siège en Terre Sainte
        n'est plus assurée que par la Custodie Franciscaine du Mont Sion.
  3. Enfin, la période contemporaine débute en 1847 avec le rétablissement en Palestine
        du Patriarcat Latin de Jérusalem.

 

I. Le Royaume Latin de Jérusalem (1099 - 1291)

Jérusalem aussitôt conquise, la Papauté instaura le Patriarcat Latin de Jérusalem pour organiser son implantation en Palestine. Godefroy de Bouillon, d'autre part, confia le service, l'entretien et la garde du Saint Sépulcre à une vingtaine de Chanoines. D'abord séculiers, ces Chanoines furent soumis en 1114, par le Patriarche de Jérusalem Arnoul de Choques, à la vie communautaire et aux trois voeux monastiques sous la règle de Saint-Augustin. Ainsi naquit l'Ordre des Chanoines du Saint-Sépulcre. Autour de ces deux institutions ecclésiastiques, gravitaient également des civils et des militaires pour assister celles-ci dans l'entretien et la défense des Lieux Saints, et pour veiller à la sécurité et à la santé des pèlerins.

Ces laïcs sont indéniablement les précurseurs de notre Ordre, mais la vérité commande de dire que rares sont les preuves qui attestent que ces Chevaliers affectés au service du Saint Sépulcre auraient été regroupés en un corps auquel l'Ordre actuel puisse formellement se rattacher.

Notre Ordre peut néanmoins asseoir son ancienneté sur l'usage qui s'instaura, dès le début du Royaume Latin de Jérusalem, d'armer Chevaliers, face au tombeau du Christ, des personnalités venues en pèlerinage en Palestine dans un esprit religieux.

Il faut cependant attendre l'an 1336 pour trouver un document établissant ce fait (adoubement d'un certain Wilhelm von Boldensel). Il n'en demeure pas moins que le contexte et la tradition attestent que telle était bien la pratique dès la conquête de Jérusalem. Cette prérogative d'armer des Chevaliers, d'abord exercée par un Chevalier attitré puis par les Chanoines du Saint-Sépulcre et enfin par la Custodie Franciscaine, s'est perpétuée sans interruption à travers tous les siècles jusqu'à nos jours.

Après la chute de Saint-Jean-d'Acre, en 1291, et la fin du Patriarcat, l'Ordre des Chanoines du Saint-Sépulcre se replia en Italie, en Pologne et en Espagne, où il avait des établissements importants qui connurent au cours des siècles des fortunes diverses.

Un point particulier de l'histoire complexe de cet Ordre en Europe intéresse la Lieutenance de Belgique. La branche féminine - les Chanoinesses du Saint-Sépulcre - a toujours des monastères très actifs et appréciés dans les villes de Turnhout, Bilsen et Male, ainsi qu'aux Pays-Bas, à Maarssen.

 

II. La Custodie Franciscaine (1291 - 1847)

Après le départ des Croisés et la fin du Patriarcat Latin, le Pape Clément VI confia en 1312 à la Custodie Franciscaine du Mont Sion, le soin de le représenter en Terre Sainte. Mais ces religieux ne furent officiellement reconnus par les Turcs qu'en 1333, après que le Roi de Naples obtint du Sultan, moyennant 32.000 ducats d'or, que les Franciscains puissent résider en Palestine, et que la garde des Lieux Saints leur soit confiée.

La prérogative d'adouber des Chevaliers devant le Tombeau du Christ, autrefois exercée par les Chanoines, fut alors transférée au Gardien de la Custodie qui avait rang d'évêque et qui, seul, assura jusqu'en 1847 la présence du Vatican en Terre Sainte dans des conditions souvent difficiles. Recevoir les éperons de Chevalier devant le tombeau du Christ était un privilège considérable, qui consacrait un acte de piété exceptionnel. C'est ainsi qu'Albert le Juste de Hohenzollern considérait que son investiture à Jérusalem "couronnait son rang de Chevalier" (vers 1340). Aussi, au cours des XIVe et XVe siècles, de nombreux pèlerins vinrent à Jérusalem se faire adouber Chevaliers du Saint-Sépulcre et parmi eux, des personnages importants tel le Duc Frédéric d'Autriche, futur empereur Frédéric III (1436).

Les chroniques qui ont été conservées rapportent que les adoubements individuels de Chevaliers devant le Saint-Sépulcre se sont poursuivis tout au long des siècles. En 1806, Châteaubriand décrit dans les "Mémoires d'Outre-Tombe" la cérémonie de sa propre investiture en la Basilique du Tombeau. De tout ce qui précède, il ressort que l'Ordre du Saint-Sépulcre s'inscrit dans une tradition longue de 9 siècles, au cours desquels de très nombreux Chevaliers ont été, sans interruption, investis devant le Saint-Sépulcre. Sauf en Espagne, où survit l'esprit de croisade, toutes ces personnalités demeurent cependant isolées et appartiennent, à titre personnel, à la grande tradition de la chevalerie militaire et spirituelle, qui trouve sa version la plus noble et la plus respectée dans cette démarche très spéciale devant le Tombeau du Christ.

Il faut cependant signaler deux tentatives importantes entreprises par les Chevaliers existants de se regrouper en un Ordre Militaire reconnu par le Saint-Siège. La première eut lieu à Hoogastraten, en Belgique, en 1558, et la seconde en France par le Duc de Nevers en 1615. Toutes deux échouèrent en raison des pressions politiques exercées sur le Vatican, et sur Louis XIII, Roi de France.

 

III. Le rétablissement du Patriarcat latin en 1847

L'année 1847 a été importante à plusieurs égards. À cette date, en effet, un Concordat fut conclu entre le Vatican et la Sublime Porte, et le Pape Pie IX obtint du Sultan le droit de rétablir le Patriarcat latin de Jérusalem.

Ayant à nouveau pignon sur rue en Terre Sainte, le Vatican prit d'importantes dispositions pour réorganiser sa présence et son action en Palestine. Plusieurs de ces dispositions concernent notre Ordre.

Par le bref Nulla Celebrior du 23 juillet 1847, le Pape soumettait la Custodie Franciscaine à l'autorité du Patriarche nouvellement rétabli et, en décembre de la même année, transférait à ce dernier le pouvoir d'adouber des Chevaliers.
Simultanément, le Souverain Pontife regroupait les Chevaliers du Saint-Sépulcre existants en un Ordre structuré qu'il mettait à la disposition du Patriarcat pour le seconder dans sa mission en Terre Sainte.

Les Chevaliers du XIXe siècle se voyaient ainsi affectés, auprès du nouveau Patriarche, aux mêmes fonctions que celles exercées autrefois par leurs prédécesseurs du XIIe auprès des Chanoines du Saint-Sépulcre. Ainsi donc, après une histoire mouvementée, les Chevaliers contemporains étaient enfin rassemblés en un corps constitué placé directement sous la protection du Saint-Siège et doté de la personnalité juridique canonique.

Dès son arrivée à Jérusalem, le nouveau Patriarche, Mgr Valerga, se fit adouber Chevalier du Saint-Sépulcre et le Gardien de la Custodie Franciscaine lui remettait ses pouvoirs le 15 janvier 1848. Devenu Grand Maître, Mgr Valerga organisa l'Ordre, qui reçut une nouvelle constitution le 24 janvier 1868.

Dans le bref Venerabilis Frater du 3 août 1888, Sa Sainteté le pape autorisa l'admission dans l'Ordre et la remise de la croix aux Dames qui avaient servi l'Église avec grand mérite. L'Ordre équestre du Saint-Sépulcre devint le premier Ordre sous la surveillance directe du pape qui pouvait admettre des Dames.

Le 3 mai, 1907, dans une autre réforme, Sa Sainteté Pie X dissipa tout doute sur l'esprit militaire de l'Ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem lorsque, dans sa lettre apostolique Quam Multa Te Ordinemque, il se réserva, ainsi qu'à ses successeurs, le titre de Chef Souverain et Grand Maître de l'Ordre Militaire Sacré. Il appointa le Patriarche Latin de Jérusalem son Lieutenant et Administrateur du Grand Magistère avec les pouvoirs renouvelés d'adouber des Chevaliers.

Sa Sainteté révéla son désir Pontifical d'ajouter à la croix un trophée militaire, à savoir : "Par conséquent, pour manifester clairement nos désirs à tous, et pour démontrer notre approbation et intérêt paternel, Nous décrétons que les personnes choisies comme membres de cet Ordre équestre, peuvent porter l'insigne de cet Ordre, la croix de l'Ordre, le trophée militaire placé au-dessus et suspendu par un ruban noir de soie moiré ". En plus, Saint Pie X ajouta au costume un manteau de laine blanc avec la croix rouge de Jérusalem sur le côté droit.

Notre Saint Père, Sa Sainteté Pie XI, dans une audience accordée le 22 juillet 1931, donna cette directive: "Aux représentants de Son Excellence le Patriarche latin de Jérusalem, Lieutenant et administrateur perpétuel de l'Ordre, le Souverain Pontife accorde en vertu de son Autorité souveraine le titre de Lieutenants et à eux seuls le titre additionnel de Excellence".

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